Aujourd'hui, ça ne sera pas une poésie, mais un petit conte, offert à une petite fille pour ses 2 ans.

LA PETITE FILLE DU MOULIN

 Il était une fois, dans la plaine de la Saône, cette plaine faite de champs qui sentent bon les labours, dont les beaux et gras pâturages font de  beaux  et gras troupeaux. Cette plaine qui sent bon l’odeur des oignons quand tu y passes, un petit village, non loin du tien ma petite Molly. Un village avec un moulin. Un vrai moulin qui sentait bon la farine. Un beau moulin de meunier, avec un bief et une roue.

le moulin

 la maman et la petite filleEt, là, dans ce moulin à l’entrée du village, y venait tous les jours avec sa maman, une petite fille qui n’avait pas d’autre choix, que celui d’accompagner sa maman. Elle était obligée de rester bien sage cette petite fille tout au long de la journée, car sa maman était là pour travailler. Sa maman cousait des petits sacs de toile grise rayée de blanc, pour y mettre la farine. Elle piquait, piquait sur une machine à coudre de fonte noire, qui reposait sur un beau plateau de bois verni avec de jolis tiroirs sculptés et décorés de plaques de cuivre.

 

 

la vieille machine à coudreQuand elle piquait, son pied droit appuyait sur une pédale et de sa main droite elle tournait une roue. Elle ne devait pas s’arrêter de pédaler sinon, la machine n’obéissait plus. L’aiguille piquait le tissu et le fil passait dessus et dessous le tissu pour former des petit points réguliers, un peu comme ça -----------, et dans cette petite pièce blanchie de fines particules blanches, la maman travaillait. Et PIC … PIC …. PIC … ce bruit cadencé emplissait la petite pièce. Parfois, il s’arrêtait d’un coup sec. Et maman s’écriait « encore une aiguille de cassée ». La petite fille assise en tailleur sur le sol regardait sa maman qui assemblait ses morceaux de tissus, les piquait sur l’envers puis d’un geste rapide les retournait pour les remettre à l’endroit.

le petit sacLes petits sacs terminés étaient empilés sur le rebord de la machine et quand il y en avait suffisamment, avec la petite fille, elles passaient un lacet pour les fermer. Ils étaient destinés à y mettre une certaine quantité de farine et être commercialisés.

Parfois cette petite fille était autorisée de sortir et se promener dans l’enceinte sans trop s’éloigner. On lui avait appris tous les dangers présents au-dedans et au dehors du moulin.

Quand elle sortait, elle y voyait aussi son papa qui travaillait à la minoterie. Lui, il était le plus souvent dehors, dans l’eau du bief, et par tous les temps. Elle aimait bien les regarder travailler dans l’eau, même si l’eau lui faisait peur à elle. Elle le savait si fort qu’elle était sure qu’il l’avait domptée.  Il avait d’énormes bottes de caoutchouc. Des bottes comme celles du Chat Botté. Des bottes comme les bottes de SEPT LIEUES. Avec des bottes comme ça se disait la fillette, l’eau ne pourra pas lui mouiller les os.

 

les bottes de papa    papa dans le bief

la petite filleElle rêvait beaucoup cette petite fille. Ce moulin alors lui appartenait et ses parents étaient les maîtres. Parfois elle se rêvait prisonnière libérée par un Don Quichotte ou un prince charmant. Elle oubliait ainsi la vie rude de ses parents. L’une piquant des petits sacs de tissu et l’autre domptant l’eau de ses bottes de 7 lieues.

Quand elle remontait dans la pièce auprès de sa maman, une pile de sacs assemblés, cousus, retournés, les attendait l’une et l’autre pour la finition. Maman pliait et comptait les sacs, recouvrait la jolie machine et toute deux repartaient hors du moulin pour regagner leur maison perchée sur un terrain surélevé. Une vieille maison allongée avec des écuries qui abritaient des chèvres et leurs chevreaux et une grange qui sentait bon la paille.

Si tu passes par cet endroit un jour, va voir le moulin et son bief. Pense à cette petite fille qui regardait travailler avec beaucoup d’admiration sa maman et son papa. Cette petite fille qui a beaucoup grandi, loin de ce moulin, mais qui de temps en temps sent encore cette odeur de farine, et si elle écoute bien, elle entend encore gémir la vieille machine à coudre.

 

Marina est née à la campagne, dans la plaine de la Saône. Texte, photos, et dessins de Marina

 

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