Dans les 'Souvenirs d'enfance" de Marina :

L'école

Le plus loin que je me souvienne, c'est la maternelle. Une pièce,  avec dans le fond des petits lits en bois, comme des casiers,  pour faire la sieste. Une grande cour avec un marronnier. Un peu accro au jupons de ma mère, je me suis toujours sentie seule et isolée quand elle n'était pas près de moi.

La maternelle passée et avec nos 2 années de différence d’avec mon frère, nous nous sommes retrouvés dans la même classe, car, comme dans toutes les campagnes, les classes avaient plusieurs cours. J’étais heureuse d’être avec lui. Enfin  plus seule. La classe était partagée en deux : son cours sur la partie gauche, le mien partie droite. J’avais la petite table au bord de l’allée, et dès qu’il se levait pour aller tailler son crayon, craignant qu’il ne sorte de la pièce, qu’il ne me laisse, je me levais, et tenais sa petite blouse grise. Je marchais derrière ses pas. Quand il revenait à sa place je reprenais la mienne du bord de l’allée, prête à recommencer si besoin était.

J’ai fait ce petit manège sûrement suffisamment de temps pour énerver la maîtresse, qui, un jour me dit “Annie, si tu reste à ta place, je t’apporterai un rocher au chocolat”. Je ne dirai pas que ça a été facile de ne pas suivre mon frère quand il s’est levé. J'avais la peur au ventre. Peur qu'il parte, peur qu'il me laisse.  J’ai dû avoir les yeux rivés sur lui tout le temps qu’il taille son crayon, prête à bondir s’il s’était avancé vers la porte. J’avais tenu bon. La maîtresse a tenu parole, je méritais bien le rocher au chocolat. 

Et puis, pour lui ce fut l’école des garçons, chez M. DUFOIN, et moi l’école des filles chez Melle TANIERE , dite la Tatane.

Le père DUFOIN, il était un peu, comment dirais-je, un peu tcharbé ! Est-ce un mot juste !! Lorsqu’il prenait ses crises, il était capable de fouetter les gosses. Fouetter avec un fouet.

Avant d'entrer à l'école, on nous faisait mettre en rang et l'on passait devant la directrice en montrant les mains, d'un côté puis de l'autre. Elle vérifiait la propreté ainsi que les cheveux.

 On reprenait l’école l’après midi en chantant “...sont les filles de la Rochelle”.

On laissait devant le grand poêle rond, en fonte noire, les chaussons que l’on mettait dans les bottes en caoutchouc l’hiver. L'école était loin, les hivers froids. Les chaussettes de laine et les chaussons dans les bottes en caoutchouc ne suffisaient pas toujours à ce que le froid nous morde les pieds. Un passe montagne et un gros cache-nez nous protégeaient des gerçures aux lèvres. Les mains étaient gantées de mitaines de laine. Pour se réchauffer on changeait souvent le cartable de main  et plaçant l'autre dans la poche du duffle coat.

J’ai souvenir d’apprendre les heures avec une pendule en carton, sur laquelle on faisait avancer  les aiguilles, la petite, la grande ....

L'apprentissage de l'écriture avec un stylo plume. Les "pleins" et les "déliés". Sans dépasser. Et sans "pâtés" non plus ! Vous rappelez-vous des beaux buvards que nous avions. J'en avais du Pain d'épices Philbée et de la Moutarde Amora.

Il fallait se rendre utile, aussi je me souviens que l’on triait les petits oignons, au moment de la récréation ; il y avait aussi la récupération d’orties blanches et des coquelicots qui partaient en pharmacie.

J’entend encore le  bruit de la craie qui crisse sur le tableau noir ; l’odeur de la colle blanche que l’on aimait sniffer, l’odeur de l’encre bleue que l’on versait (chacun son tour) dans les encriers de porcelaine blanche, l’odeur de la cire, la veille des grandes vacances, lorsque l’on astiquait les petits bureaux  de bois.

Ah ! et les "bons points". 10 bons points collectionnés et on obtenait une image. Jolie image de chocolat "Poulain ". Il nous fallait alors une boîte à images.

 Et la chanson du dernier jour d’école, avant les grandes vacances :

                             “   Vive les vacances,

                                  Plus de pénitence

                                  Les cahiers au feu,

                                  La maîtresse au milieu”.