Saviez-vous tout ce que vous allez lire, mon frère et ma soeur ?

 

À mon frère, à ma sœur.

 

TABOUS

 LEUR HISTOIRE

 

Enfant, j'ai vécu entourée d' une ribambelle de tabous,

…..........tout comme vous,

ceux-là même que l'on subit, que l'on évite, que l'on supporte

ils étaient là depuis toujours, nous suivant comme des toutous,

style tu les jettes par la fenêtre , ils reviennent par la porte,

Petits, nombreux, silencieux, filous, malins et sournois,

y avait EUX, y' avait NOUS, y avait MOI sous le même toit.

Ils avaient des noms comme « je t'aime » que les parents n'employaient pas

comme s' ils ne faisaient pas partie de leur vocabulaire

comme si, au poids de ces mots, le ciel allait s'mettre en colère

ou que satan lui-même, les menaçât du pire jusque dans l'au-delà !

Chez-nous, ILS ne faisaient pas partie de notre quotidien

comme les grandes effusions, les grandes embrassades et les gros câlins

bien sûr, il y avait les rituelles bises du matin et celles du soir

qu'on aurait sûrement voulues plus longues......... va savoir !!!

Et voilà qu'un jour on chope la puberté. « Est-ce une maladie maman ?

Mon corps saigne, mon corps change, tout est étrange là-d'dans maman,

Des p'tits papillons qui s'réveillent en moi, mes seins qui poussent,

J'ai rien vu v'nir …...je deviens femme et …. je suce encore mon pouce ».

Là encore je dirai que cet « évènement » fut un grand grand mystère,

tout juste un «  bein te voilà une femme, faudra faire attention aux garçons ! »

qu'allait-il m'arriver si je m'approchais trop près de l'un d'eux. Que faire ?

Verrait-il ce que je tais et que je cache écrit en gros là sur mon front ?

ILS seraient choqués aujourd'hui de voir les pubs de serviettes et de tampons,

que penseraient ils de ces femmes qui vous démontrent à une heure où l'on soupe

les superpouvoirs de Vania, Nana ou bien les tutos d'Always sur You tube

qui veulent vous faire gober tout cru que l'on brise enfin le tabou

mais qui vous parlent tourjours des règles d' une manière plus que chelou !

Là aussi, ce mot était chuchoté. C'était plutôt les « règles du silence » !

savez-vous qu'il y a là autour, encore un bon nombre de croyances,

si peu parlées aussi , qu'on aurait pu croire à des choses imaginaires

tirées d' histoires abracadabrantes à n'en plus savoir que faire !!

Le sexe on n'en parlait pas, c'était tabou jusqu'au bout du bout !

on ne parlait pas de « ces choses là » chez Nous,

« ces choses là » qu'est-ce que ça pouvait représenter à leurs yeux ?

ces « choses là » ! euh ! vous voyez…... voilà que je parle comme EUX.

À mes questions, j'avais le « bein tu vois bien ». Bein non ! j'voyais rien du tout !

s'ensuivaient des explications….. qui n'expliquaient rien du tout

bref, tant mieux si t'avais pas d'question, t'étais plus vite servie,

donc, on a tous les trois fait « sans » et ainsi a été la vie !!!

 

Quelques mots auraient suffit toutefois pour calmer ma phobie du noir,

où quand mes 12 ans rejetaient ce corps qui se métamorphosait

où quand mes 15 ans complexaient avec des bonnets « 90 B »

alors que les copines étaient plates comme des crêpes !! allez savoir !!

Un jour on parla (du bout des lèvres) «  pilule » à la maison

« ah ça » ! Diront-ils « il n'en n'est pas question ! »

tant que vous êtes sous notre toit, y aura pas de ça à la maison

et pis à votre âge, ça : il n'en n'est pas question !! »

le ça bien appuyé avec la tête : un ça qui voulait en dire long !!!

 

J'installerai la gêne, la pudeur et les complexes dans mon dictionnaire

ces mots que j'ai longtemps cru tabous, tous ces mots non-dits

je les ai endossés, apprivoisés, j'ai vécu avec, je les ai écoutés

je les ai appris, écrits, entendus, retenus, sans interdit

sans honte, sans problème, sans gêne et sans regret.

 

Maintenant , soyons honnêtes. Nous avons été heureux et protégés,

rien n'a manqué au plus loin que je me souvienne à la maison,

ils ne connaissaient pas Dolto et nous ne sommes pas devenus des petits cons,

seulement ils se sont trouvés dépassés entre leur éducation de passé puritain,

et la génération 1970 qui se voulait ELLE « la sexualité clés en mains ».

 

Ma mère était ce que j'appelle aujourd'hui une de ces femmes « d'autrefois »

qui ne connaissait de son corps que le strict minimum, soit presque rien,

qui se le couvrait pour ne pas que l'on entrevoit le blanc d'un sein

et qui criait au scandale quand Gréco chantait déshabillez-moi !

Sa pudeur elle la planquait sous une combinaison de nylon noir

souvent achetée par mon père qui lui offrait dans un paquet cadeau

je me souviens le voir revenir un jour avec un soutif de satin noir

il était pas peu fier l'papa, comme s'il avait soudain gagné l'gros lot !!

mon père, idem, on peut dire qu'il ne traînait jamais en sous-vêtement,

d'ailleurs, était-il adepte du caleçon ou du slip kangourou ?

la belle affaire ! c'était un bon slip français sûrement,

le bon slip étiqueté « made in france » bien de chez nous.

 

Bien sûr, qu'ils s'aimaient, mais sans toutefois l'afficher aux yeux de tous,

prudes l'un et l'autre, ils étaient tous les deux plus que discrets

bien sûr qu'il y avait aussi des baisers sur la bouche,

et qu'ils faisaient l'amour......... mais sûrement dans le noir le plus complet.

 

pour avoir eu l'essentiel et aussi le superflu, merci,

pour m'avoir payé une école privée, merci

pour nous avoir appris la politesse, merci

pour nous avoir appris le respect des Maîtres et des autres, merci

pour nous avoir appris la valeur de l'argent, merci

pour avoir fait le maximum pour nous élever, merci

pour vous être privés pour Nous, merci

pour avoir fait de Nous ce que nous sommes, merci.

 

 

ELLE,

 

Une mère qui rejette son enfant quand l'autre paraît !

voilà comment débuta l'histoire de notre mère

amputée de l'amour maternel au détriment de son frère

elle a porté sa blessure comme on porte un boulet.

 

Six longues années d'enfance loin de sa mère

elle grandit malgré tout, s'inventant une famille

d'un copain de pallier elle s'inventa un frère

partageant ses jeux d'enfant et jouant aux billes.

 

Dans une France occupée, elle ne manqua pas de courage

aurait-on eu Nous, la même audace qu'elle à son âge ?

Un jour de 14 juillet à la Caserne Junot

elle défia l'ennemi en portant la couleur de notre drapeau

jusque sur la table qu'elle décora de bluets, de marguerites et de coquelicots !

 

Peut-être revoyait-elle quand elle racontait cet anecdote

l'instant où les gradés entrèrent en uniformes et en bottes,

qu'ils s'arrêtèrent figés d'une surprise mêlée de colère

et que les regards se croisèrent certains avec des yeux révolvers

quelques minutes, juste quelques minutes, e les dés étaient jetés

s'était-elle attendu au pire ?? c'était l'aplomb de ses 20 ans à tout casser !!

 

Sa poisse aurait pû s'arrêter à la fin de cette guerre,

mais c'était sans compter sur notre grand-mère,

qui voulait la forcer à se marier contre son gré

c'était ça ou la porte …. à jamais !!

 

Elle claqua donc la porte et sans tompette ni tambour

travailla à l'usine, à la chaîne, jusqu'à ce qu'un jour

on lui présente quelqu'un qui revenait de la guerre

ce quelqu'un tu connais, il allait devenir notre père.

 

  LUI,

 

Il était de la campagne et n'avait pas fait les grandes écoles

avait appris par cœur « Après la bataille » de Victor Hugo

il pouvait en réciter les derniers vers et c'était pas de la gloriole

aussi fier de son certificat d'études que s'il eût décroché son « bachot ».

 

La guerre qui rôdait le prit un jour dans ses filets

alors qu'à 19 ans il venait de prendre femme,

mais la guerre est méchante et d'un coup vous rétame

même l' Homme gentil et doux qu'il était.

 

La guerre lui prit femme et aussi sa chère liberté,

5 années chez l'Ennemi, et 6 mois dans les mines,

pendant que partout autour de lui l'assassin assassine

il se débat LUI comme il peut pour ne pas flancher.

 

Lui qui avait connu la peur, la faim et la souffrance,

La vie lui sourit de nouveau quand il revint en France,

il n'avait plus rien, pas d'boulot, plus d'chez-lui, plus d'affaires

c'est à l'Usine qu'il rencontra CELLE qui devint notre mère.

 

La guerre, Lui, je l'ai toujours connu en rêver encore,

il disait avoir eu si peur de prendre une mauvaise balle,

y en a-t-il de bonne d'ailleurs ? J'en doute fort !

Ce qu'il en a gardé après des années lui faisait toujours aussi mal.

 

EUX,

 

 

parents

 

 

comment veux tu, comment crois tu qu'après toutes ces années volées

sans avoir connu d'amour au biberon ou d'avoir perdu confiance

ils aient des flux de mots d'amour qu'enfants nous aurions tant aimé ,

je ne leur en veux pas, je ne leur en veux plus maintenant.

oublie ce que tu n'as pas reçu et rappelle toi des bons moments

….. on en a eu !

 

C'était leur histoire. A nous de construire la nôtre,

et ne recopions pas les même erreurs envers les nôtres

ne soyons pas avare de ces mots, disons leur qu'on les aime

il n'est jamais trop tard et ce n'est pas sorcier de dire je t'aime !

 

FIN

Texte de Marina. N'oubliez pas de mettre votre commentaire. Merci